Quand le corps parle
- Anne Beau
- 16 nov.
- 1 min de lecture
Je me suis fait un cadeau. Pas un objet, pas un rêve. Juste un Non. Je me suis fait un cadeau et je le savoure encore, à plus de soixante ans.
Ce jour-là, j’ai fermé la porte aux peurs : celle du manque, de l’échec, de n’être rien, de n’avoir rien.
Et j’ai dit Non.
Voici ce qui s’est passé :
Un jour, du temps où j’étais avocate, un cabinet d’affaires anglo-saxon m’a proposé de les rejoindre pour développer leur activité en France. Celui qui portait cette proposition, je l’avais déjà rencontré plusieurs fois dans les coulisses de négociations de rachats d’entreprises.
L’offre avait tout pour séduire : un salaire bien supérieur à ce que je gagnais alors, et la promesse d’une place parmi les associés.
En l’écoutant, ma tête voulait accepter. Dire Oui à ce cadeau, Oui à cette promotion, Oui à la fin des soucis financiers.
Mais mon corps, lui, restait silencieux. Ou plutôt, il murmurait autre chose.
Au moment de dire Oui, une tension infime a traversé mon corps. Rien de spectaculaire, juste un signal discret au creux de mon ventre. Et sans réfléchir, j’ai dit Non.
Sur le moment, je n’ai pas compris, ce refus n’avait aucun sens. Mais quinze ans plus tard, j’ai compris. Si j’avais accepté, ma vie aurait pris un autre chemin. Un chemin qui n’était pas le mien.
De ce souvenir est né ce poème.






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